Summerhill.

Summerhill, ça vous dit quelque chose? C’est probablement l’école la plus connue au monde et la plus alternative de toutes. Fondée en 1921, elle était révolutionnaire à l’époque et elle est encore « ahead of it’s time » aujourd’hui! 

Imaginez une école où… les enfants sont totalement LIBRES, libres de JOUER toute la journée s’ils le désirent, libres de NE PAS ALLER AUX COURS qui sont tous facultatifs, libres d’être eux-mêmes. Il n’y a pas d’examens obligatoires, de cours obligatoires, de hiérarchie, de punitions. Le succès n’est pas déterminé par une note au bulletin et apprendre par coeur pour recracher le tout à l'examen n'est pas requis. La seule chose qui est essentielle à « apprendre», c’est de vivre ensemble. Ce n'est pas parce que Summerhill est une école libre que c'est le chaos perpétuel et l'anarchie! La philosophie est simple: "Chacun est libre de faire ce qu'il veut aussi lontemps qu'il n'empiète pas sur la liberté des autres".

“Most people think that Summerhill is a place where children can do as they like, in reality we have over 150 rules that are made by all of us, so we can make changes if we want to. Everyone in the school, adult or child, has an EQUAL vote and is accountable to the whole community”.

On ne respecte pas des règles uniquement parce que ce sont des règles, on sait d’une pourquoi on les respecte, on n’a pas de réticences à le faire.  On sait ce que c’est qu'une société sans règles, parce qu’on l’a vécu à un certain moment. Et croyez-moi, c’est l’enfer avec des ordures qui arrivent à la hauteur des oreilles, on ne lave plus son linge et personne ne va se coucher ».

Un des aspects fondamentaux et totalement révolutionnaire est "l'autogestion" de l'école. L’école est gérée démocratiquement et les assemblées générales sont des moments privilégiés où les problèmes de la vie quotidienne sont soulevés, des solutions sont proposées et votées. Chacun a droit de parole et son vote compte autant, qu'il ait 5 ans ou qu'il soit directeur. L'ONU et nos assemblées parlementaires pourraient prendre des notes car à voir aller cette démocratie participative présidée et gérée entièrement par des enfants, on reste bien impressionné! 

D’anciens élèves devenus adultes nous racontent leur école, ce pensionnat (boardingschool) sur un immense terrain boisé, comment cela les a changés et ce qu'ils ont fait après avoir gradué, voici quelques témoignages : 

-          C’était la liberté : on pouvait aller partout, grimper dans les arbres, faire n’importe quoi. Manifestement c’était un endroit qui appartenait aux enfants. Je n’avais jamais vu un endroit comme ça : il y avait des vélos partout, des cordes qui pendaient aux arbres, les enfants semblaient vraiment en être les propriétaires.

 

-          On faisait des cabanes dans les arbres pour 3-4 personnes et là on se faisait notre monde imaginaire, on prenait le thé et on faisait semblant d’y vivre.

 

-          On tirait à l’arc, on jouait avec des bâtons en guise d’épée et avec des fusils imaginaires, et il y avait des armées ennemies qui se livraient bataille. Plus tard je suis devenu bien plus sage.

 

-          Il y avait plein de choses à faire, et à mon avis ça avait autant de valeur que d’aller en cours. On ne te culpabilisait jamais, y avait aucune pression sur toi, alors on n’avait pas de remords.

 

-          La vie des enfants était si riche et pleine d’événements, il se passait tant de choses dehors qu’avec tout un groupe de mon âge on n’allait plus en classe. J’ai attendu d’avoir 14 ans environ pour y retourner.

 

-          Qd je repense à Summerhill, c’est l’image d’un merveilleux été sans fin, où l’on pouvait partir à la découverte du sexe opposé tout à fait sans contraintes et sans contradictions. En un mot : la liberté de grandir. (Note : à l’époque les écoles anglaises régulières n’étaient pas mixtes). Contrairement à la plupart des enfants en pensionnat, j’attendais les vacances SANS impatience. Je trouvais l’école plus agréable que les vacances. 

 

 

 

Avec cette école-laboratoire, on prend conscience de l’importance du jeu libre pour le développement de l’enfant. Le jeu n’est pas qu’un passe-temps accessoire, une « récréation » entre deux cours, il est vital, c’est au travers du jeu que l’enfant appréhende le monde et les rapports sociaux. Jouer, c’est sa job à temps plein! Si on laisse l’enfant être maître de son emploi du temps, comme c’est le cas à Summerhill, l’enfant joue, joue et joue encore jusqu’au début de l’adolescence où ses besoins changent et il est mûr pour et en quête d’une instruction plus formelle.

Et il est surprenant de constater à quelle vitesse un enfant motivé et concentré peut apprendre et rattraper son « retard » au moment où il désire préparer des examens en vue d’un métier désiré. « J’avais eu beaucoup de temps pour jouer et pour découvrir ce que je voulais faire et les cours où je voulais aller. Quand finalement je suis allée en classe, je savais très bien ce que je voulais et j’étais très attentif parce que j’avais envie d’y aller. J’y suis allée de mon plein gré ». 

Les finissants de Summerhill obtiennent d’ailleurs de meilleures scores aux tests de fin d’études que la moyenne britannique et la plupart des summerhilliens poursuivent après des études postsecondaires! Tous ne deviennent pas médecins, car certains peuvent avoir envie d’être couturiers ou ébéniste, ces jeunes ayant intégré le principe que "la réussite est celle de l’accomplissement personnel". Pour le fondateur de l'école, A.S. Neill, le plus important est que les enfants soient eux-mêmes et heureux: "I would rather Summerhill produced a happy street sweeper than a neurotic prime minister"!  

Le célèbre livre (Libres enfants de Summerhill) du fondateur, le phsychanaliste et philosophe/éducateur Alexander Sutherland Neill, ce best-seller mondial fut imprimé à plus de 400 000 exemplaires (!!!), il suscita de grands débats pédagogiques, lança la question des droits de l’enfant et engendra le mouvement international des « free schools ». 

Neill: “I believe that in a strict school it’s all wrong, it is fear and discipline. The mere fact that kids who should be moving all the time are sitting on their asses about 6 hours a day… it’s all against human nature, it’s all against child nature”.

Neill: « Il est évident qu’une école où l’on force des enfants actifs à s’assoir devant des pupitres pour étudier des matières inutiles est une mauvaise école. Elle n'est bonne que pour ceux qui croient à son efficacité, c'est-à-dire, pour ces citoyens sans imagination qui veulent des enfants dociles dénués eux aussi d'imagination. Ils s'accomoderont d'une civilisation dont l'argent est la marque du succès ». 

« L’éducation traditionnelle ne concerne que la tête. La véritable éducation c’est qqch de plus profond : c’est vivre. Et l’école ne touche pas à la part importante dans la vie que sont les émotions, elles ne touchent grosso modo qu’à la tête ». 

Aujourd’hui Summerhill existe depuis plus de 80 ans et résiste toujours aux modèles officiels. Mais imaginez donc à quel point cette école autogérée devait être controversée et révolutionnaire dans les années 1920, un vrai extra-terrestre! A cette époque, l’école classique formait les élèves au moule exigé par la société, les garçons et les filles étaient séparés et les châtiments corporels étaient autorisés. Les enfants étaient souvent battus à la maison comme à l'école et la discipline était le maître mot. En créant Summerhill, Neill rompt radicalement avec toute pédagogie, il veut une école qui serve les besoins de l’enfant plutôt que l’inverse. 

Neill a une confiance absolue en l'enfant et en sa capacité innée à occuper son temps de la façon la plus utile et adaptée selon ses besoins à lui. "Mes gosses ont fait ce qui leur a plu et je ne doute pas qu'ils ont exprimé le meilleur d'eux-mêmes"."I am only just realizing the absolute freedom of my scheme of Education. I see that all outside compulsion is wrong, that inner compulsion is the only value. And if Mary or David wants to laze about, lazing about is the one thing necessary for their personalities at the moment. Every moment of a healthy child's life is a working moment. A child has no time to sit down and laze. Lazing is abnormal, it is a recovery, and therefore it is necessary when it exists". 

 

Un principe qui revient continuellement est celui du droit (voire du devoir de laisser la place) à la poursuite du bonheur. Comme le dit un ancien élève devenu médecin: "Je crois que ce qui distingue Summerhill c’est qu’on y apprend à vivre et à comprendre le principe de liberté et de tolérance qui l’accompagne. C’est aussi comprendre que les enfants doivent être heureux le temps de leur éducation". Le grand philosophe Bertrand Russell pense que c'est même un prérequis: "Happiness in childhood is absolutely necessary to the production of the best kind of human being".  

Neil, toujours aussi intense dans ses idées va jusqu'à dire que "all crimes, all hatred, all wars can be reduced to unhappiness. This book is an attempt to show how unhappiness arises, how it ruins human lives, and how children can be reared so that much of this unhappiness will never arise."

L'école de Summerhill accueillait à ses débuts tous les "enfants difficiles" des environs, les "rejets" du système et il leur fallait du temps, parfois plusieurs années où l'on donnait liberté et confiance, pour qu'ils trouvent leur voie: "the difficult child is the child who is unhappy. He is at war with himself; and in consequence, he is at war with the world". 

Que retirer de tout cela pour nous, dans notre vie de aujour'hui? Summerhill donne envie de faire encore plus confiance à nos enfants, de laisser leur curiosité, leur soif de découverte et leur besoin de jouer s'épanouir au maximum. Cela me fait dire de ne pas forcer les apprentissages "accadémiques" (vouloir qu'il lise tôt ou en faire un petit génie) mais de le laisser maître de leur destin, prendre du recul en tant que mère afin de le laisser suivre ses intérêts et ses passions, comme on dit en anglais: "back off!". Neill: "The function of the child is to live his own life – not the life that his anxious parents think he should live, nor a life according to the purpose of the educator who thinks he knows best. All this interference and guidance on the part of adults only produces a generation of robots".

Neill :  Nous bousculent et nous poussent à la réflexion: "Most of the school work that adolescents do is simply a waste of time, of energy, of patience. It robs youth of its right to play and play and play: it puts old heads on young shoulders". All that any child needs is the three R’s (Reading, wRiting, aRithmetics), the rest should be tools and clay and sports and theatre and paint and FREEDOM".

 

Site web de Summerhill au Royaume-Uni.